Presse en V.O.

 

A propos de Günter Grass, L'Honneur d'un Homme           

 

                        

 

 
L'histoire allemande de Günter Grass

Mêlant avec justesse éléments biographiques, explications historiques et références à l'oeuvre, Olivier Mannoni retrace le parcours du Prix Nobel Günter Grass.

 Günter Grass s'en défendrait, lui qui se veut citoyen du monde après avoir perdu sa terre natale de Dantzig ; mais son histoire, que conte dans le détail Olivier Mannoni, est une histoire allemande. Elle porte en elle les ontradictions, les tensions, les déchirements des « Allemands dans leur siècle », pour reprendre l'expression d'un autre Allemand chassé des terres de l'Est, Carl von Krokow. Un siècle qui voit naître Grass dans les dernières années de la République de Weimar (le 16 octobre 1927), dans la ville baltique de Dantzig (aujourd'hui Gdansk), au milieu d'une famille à moitié allemande, à moitié polonaise. Venu au monde trop tôt pour bénéficier de cette « grâce de la naissance tardive » invoquée maladroitement par Helmut Kohl, Günter Grass entre à dix ans dans le Jungvolk, l'antichambre des Jeunesses hitlériennes, puis est enrôlé dans la Wehrmacht. Il assiste de loin à la bataille de Berlin et se retrouve à la fin de la guerre dans un camp d'internement américain.

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« RABELAIS DE LA BALTIQUE »

La somme qu'Olivier Mannoni consacre au plus grand écrivain allemand vivant se lit comme le roman politique de la République fédérale. L'auteur mêle avec justesse les éléments biographiques, les explications historiques et les références à l'oeuvre de Grass. Celle-ci ne se limite pas aux romans. Grass acommencé comme sculpteur dans l'atelier de Karl Hartung et n'a jamais cessé de dessiner ou de peindre, comme en témoigne son dernier livre, Mon siècle. Olivier Mannoni décrit « l'orateur, le dessinateur, le sculpteur et l'écrivain, quatre hommes identiques et complémentaires, debout devant le chevalet d'une sorte de création totale ». Ce « Rabelais de la Baltique », ce « Gargantua de la politique », cuisinier à ses heures, est un boulimique, un « représentant multicarte de la vie intellectuelle ». Son premier roman porte déjà les grands traits de son oeuvre, le recours au mythe, l'accumulation des personnages, le rôle majeur joué par les animaux, la truculence, l'invention verbale..."

 Daniel Vernet
Le Monde daté du vendredi 6 octobre 2000

 

 

 Günter Grass et Olivier Mannoni au Salon du Livre de Paris, mars 2001

 

 

Les combats de Günter Grass

L'Allemagne a beaucoup de peine à s'accommoder de son auteur le plus célèbre, qui longtemps a été mieux reçu à l'étranger que dans son pays. Le prix Nobel de littérature qui a été décerné à Günter Grass en septembre de l'année dernière n'a sans doute apporté, malgré un élan de fierté nationale, qu'une accalmie.


 Ecrivain « de langue allemande », comme il tient à l'affirmer, et non pas écrivain allemand, il veut rester un éveilleur et un trouble-fête. Olivier Mannoni, traducteur et journaliste, vient d'achever une copieuse biographie qui s'attache à retracer et éclaircir les rapports conflictuels de Grass avec son pays, et plus particulièrement avec une presse conservatrice qui n'a cessé de dénigrer ses qualités d'artiste qu'il aurait trop souvent compromises par la vigueur et la constance de ses engagements politiques. (*)  En 1996 déjà, Olivier Mannoni
a publié à chaud, chez Ramsay, Un écrivain à abattre, qui reprenait dans le détail la violente polémique provoquée par la publication du roman Toute une histoire (« Ein weites Feld ») où s'exprimait une critique virulente de la réunification que l'auteur, partisan d'une confédération, considérait et considère encore comme une absorption pure et simple de l'Allemagne de l'Est.

L'ensemble d'une trajectoire

 Le nouvel essai de Mannoni resitue l'affaire dans l'ensemble d'une trajectoire. C'est explicitement une biographie plus politique que littéraire, qui en particulier suit de près des épisodes peu connus ici, comme sa participation très dynamique et indépendante aux campagnes électorales du parti social-démocrate et son soutien amical à Willy Brandt.  Elle inscrit les oeuvres et les combats de Grass dans le cours de l'histoire allemande, politique et intellectuelle, avec le souci constant de rappeler que ses écrits, quelles que soient les convictions et les rages du « citoyen », restent des créations littéraires à part entière : « Une littérature qui, sans rien perdre de son exigence esthétique, travaille directement sur son époque, tente de la comprendre par la force du langage, et même de la remodeler par la seule force de l'art poétique ». C'est pourquoi aussi Olivier Mannoni replace au coeur d'une activité débordante et d'une curiosité inlassable « l'artiste total », qui est à la fois écrivain, sculpteur, peintre, et nourrit chacune de ses expressions de toutes les autres.

Les luttes politiques

 Dans un large panorama qui apporte une somme d'informations sur les luttes politiques, les ramifications de la presse et les réseaux d'affinités littéraires, l'auteur tente de dégager ce malaise allemand qui remonte à la surface dans les remous entraînés par les écrits et les interventions de Grass. Ce malaise manifeste, dit-il, l'opposition permanente entre deux Allemagne : celle, bien-pensante et conservatrice, qui aspire à la normalisation, à la quiétude dans l'oubli du passé, et celle, plus inquiète, plus vigilante aussi, qui refuse la réconciliation, « l'accoutumance », et résiste au rêve de la « grande nation ».

René Fugler * © Dernières Nouvelles d'Alsace, Vendredi 20 Octobre 2000

 

 

 

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