La Tour d'Uwe Tellkamp

 

NOUVEAU en fin de page: une remarquable critique de Véronique Poirson sur le blog des 8 plumes (L'Express).

  Uwe Tellkamp et Olivier Mannoni au Goethe Institut de Bordeaux, où Jutta Bechstein nous a réservé un accueil comme toujours exceptionnel.

 (Photo: Françoise Mancip-Renaudie)

 

 

Le Monde est avec le Nouvel Observateur le premier à publier, sous la plume de Nicolas Weill,  un article long et fouillé sur ce livre hors du commun. En voici un extraiit:

 

"La Tour", d'Uwe Tellkamp : le "Tour" de force d'Uwe Tellkamp

Critique | LE MONDE DES LIVRES | 09.02.12 | 12h03

Par Nicolas WEILL


 

 

L'écrivain allemand Uwe Tellkamp lors d'une conférence de presse à Francfort, en octobre 2008.

L'écrivain allemand Uwe Tellkamp lors d'une conférence de presse à Francfort, en octobre 2008.REUTERS/ALEX GRIMM

Comment raconter l'histoire d'un pays encapsulé dans le temps et dans l'espace comme le fut la République démocratique allemande (RDA) ? Certes, il n'y a pas si longtemps que l'Allemagne du "socialisme réel" a disparu. Mais plus de vingt ans après la chute du mur de Berlin, son histoire, les pensées et sensations intimes de ses "citoyens" sont restées à bien des égards impénétrables, même pour les Allemands d'aujourd'hui. Grâce soit donc rendue à ce véritable chef-d'oeuvre qu'est La Tour, car il nous les fait partager sans l'indécent frisson d'"Ostalgie" qui accompagne parfois ces reconstitutions.

Son auteur, Uwe Tellkamp, est un chirurgien devenu écrivain. Né en 1968, il appartient à la dernière génération dont l'adolescence et la formation ont eu pour cadre cette terre "réfrigérée". Il a fait son service militaire (de trois ans) comme tankiste pendant la révolution de 1989 en refusant de tirer sur la foule. Son roman, La Tour, publié en 2008 et admirablement traduit par Olivier Mannoni, est bien plus qu'une chronique romancée des sept dernières années de la RDA, depuis la mort de Brejnev jusqu'à l'ultime dissolution. Par son style qui emprunte au registre fantastique autant que par ses côtés rugueux ou oniriques, ce roman ne se contente pas de raconter. Comme Proust, que l'auteur revendique comme un de ses nombreux "pères", l'avait fait pour la Belle Epoque, il enchâsse dans les mots le souvenir d'un "monde englouti" qui n'avait plus d'existence que dans les mémoires.

[...]


(La suite sur LeMonde.fr !)

 

 

Et l'interview du Nouvel Observateur, recueillie par Odile Banyahia-K

 

«La RDA était un projet utopique»

Créé le 03-02-2012 à 11h16 - Mis à jour le 08-02-2012 à 09h26      Réagir

Le Nouvel Observateur

 
Par Le Nouvel Observateur

 

On le compare à Thomas Mann ou Marcel Proust. Son roman d'un millier de pages s'est vendu à 750.000 exemplaires outre-Rhin. Rencontre avec Uwe Tellkamp, qui raconte dans «la Tour» l'agonie de l'Allemagne de l'Est.

 
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Il a l'air bizarre, mais c'est un génie. Uwe Tellkamp, né en 1968 à Dresde, a été soldat dans l'armée est-allemande. Passé par la prison, il a publié deux romans, non traduits en France. "La Tour" a obtenu le prix du meilleur roman allemand et le prix national allemand. (DR)

Il a l'air bizarre, mais c'est un génie. Uwe Tellkamp, né en 1968 à Dresde, a été soldat dans l'armée est-allemande. Passé par la prison, il a publié deux romans, non traduits en France. "La Tour" a obtenu le prix du meilleur roman allemand et le prix national allemand. (DR)

 

La montée est raide, surtout par temps de neige. Mais d'en haut le paysage est incomparable. Une vue plongeante sur l'Elbe, le fleuve qui baigne Dresde. Le coteau est recouvert de jolies villas aux toits pentus, avec des jardins d'hiver suspendus. Comme hors du temps. Après des années passées en Allemagne de l'Ouest, Uwe Tellkamp, 43 ans, est revenu s'installer au Weisser Hirsch, le quartier de son enfance.

Tous les dix mètres, on salue respectueusement l'homme au béret rouge. Depuis la publication de «Der Turm» («la Tour»), en 2008, ce médecin de formation est devenu une star de la littérature. Traduit en 16 langues, son roman de presque mille pages s'est vendu à 750 000 exemplaires en Allemagne.

 

[...]

 

La suite de la critique et de l'interview sur Bibliobs:  http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20120203.OBS0514/la-rda-etait-un-projet-utopique.html

 

Le Point - Publié le 16/02/2012 à 00:00

"La tour" de Uwe Tellkamp a fait grimper au ciel 600 000 lecteurs allemands. Une sorte de "Vie des autres" revue par Thomas Mann ?

 

Par François-Guillaume Lorrain

À l'Opéra, on parlerait d'une grandiose ouverture. Quatre-vingts pages pour décrire une seule soirée d'anniversaire, à Dresde, un soir de l'hiver 1982 : d'emblée, par cet arrêt sur images, ce temps suspendu, Uwe Tellkamp plante magistralement le décor d'une RDA glacée, pétrifiée sous une cloche de verre. Il donne aussi le ton d'un projet follement ambitieux, fresque poétique et saga réaliste, qui fut en Allemagne l'événement éditorial de ces dernières années.

[...]

Simple quartier de Dresde ? Référence à la Société de la tour, au coeur de Wilhelm Meister ? Allusion à la tour de Babel est-allemande où chacun cherche sa voix ? Toutes les solutions sont possibles, tant cette Tour est un livre-monde, un ouvrage-somme bourré de références, qui assimile poèmes, lettres, journaux, chansons, bonnes blagues sur Brejnev ou le mur de Berlin... On y retrouve aussi, avec une fidélité qui fait écho chez le lecteur, le quotidien de la RDA : pénuries, paranoïas entre voisins, séances d'exclusion, expulsions, fouilles au corps, interpellations, cohabitation avec les Russes, conversations codées, balades dans une nature préservée...

Né en 1968, Uwe Tellkamp a avoué plus d'une ressemblance avec son héros. Mais l'autobiographie est sublimée, transcendée par une écriture d'un souffle et d'une ampleur rares dans la littérature européenne. Comme si La vie des autres avait été récrite par Thomas Mann. La scène littéraire allemande ne s'y est d'ailleurs pas trompée : en Tellkamp elle a salué le grand écrivain qu'elle espérait depuis Günter Grass. Qu'arrivera-t-il à Christian après la chute du Mur ? On attend la suite.

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Par François-Guillaume Lorrain
 

 

La tour d'Uwe Tellkamp. Traduit de l'allemand par Olivier Mannoni (Grasset, 970 p., 25 euros).*

 

L'article complet sur;  http://www.lepoint.fr/livres/la-tour-de-magie-de-uwe-tellkamp-16-02-2012-1433415_37.php

 

 

Uwe Tellkamp, la remarquable interprète Cornelia Geiser et un lecteur, au Goethe Institut de Paris, où nous avons été accueillis par Joachim Umlauf, directeur de l'institut.

 

(Photo: Olivier Mannoni)

 

« La tour, histoire en provenance d’une terre engloutie », d’Uwe Tellkamp : extraordinaire!

le 8 mars 2012 10H00 | par les-8-plumes  (à lire sur: http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/author/les-8-plumes/

« LA TOUR, histoire en provenance d’une terre engloutie », de Uwe Telkamp, traduit par Olivier Mannoni (Grasset, janvier 2012).

Si c’était un film, il durerait 3 heures ou sortirait même en 2 parties de 3 heures. Il aurait pour musiques Bach et Tchaïkovski, Wagner, des nocturnes de Chopin, mais aussi les Beatles, Tomita, Elvis Presley ou Abba. Il se déroulerait principalement à Dresde, en RDA, de 1982 à 1989, le 9 novembre, « ville de conte de fée » , avec la nostalgie de son passé gothique et monarchiste.

Ce serait un film flamboyant, un film tragique, secoué d’éclats de dérision et d’absurde. Il requerrait un grand réalisateur très cultivé, un Visconti, un Welles !

Il serait rythmé par les tic-tac des horloges : celle qui indique les fuseaux horaires, celle qui sonne toutes les 10 minutes, ou encore l’horloge aux quatre boulets, et le « tic-tac de l’horloge qui fait mal ». Ou celles dont la rumeur disait qu’elles sonnaient au passage de Mme Zwirnevaden… Jusqu’aux pattes de rats sur la glace, comme le « tic-tac de mille heures ».

Mais c’est un livre, magnifique, un roman-fleuve de près de 1000 pages, qu’il faut aborder en sachant qu’on va vivre avec lui durant des jours et des jours, pendant et après la lecture. C’est un livre et il se traduit en images, en sons, en cauchemars, en rêves. Traversé de couleurs rares, la rockzellin (« teinte azotée proche du rouge primaire »), le « bleu des attaques aériennes », le jaune Nankin ou le jaune Naples, le rouge bourgogne, le gris de la mode messieurs, le gris du sou, le gris raphia……

Un livre dense, universaliste, où tout a sa place, monde animal et végétal, histoire, musique, philosophie, littérature, univers professionnels… On disserte de Dieu, comme de la qualité du papier d’imprimerie avec Meno l’éditeur qui écrit des pages de journal intime sublimes et fait des recherches entomologistes. Car on y suit sept ans de vie d’une famille dans le microcosme d’une élite médicale et intellectuelle qui partage le savoir, « trésor des gens d’en haut », la musique, Goethe, Zweig, Thomas Mann, une bourgeoisie qui survit tant bien que mal dans un décor touffu d’un autre temps, où pointent parfois des références qui paraissent anachroniques, Abba, Corto Maltese…

Uwe Tellkamp donne vie à la pénurie, à l’absurdité du système, à l’enfer bureaucratique, aussi bien dans des visions tragiques à pleurer que dans des tableaux désespérément cocasses et ubuesques. Et on voit les files d’attente devant les magasins, la pénurie qui touche jusqu’aux sapins de Noël, le complexe chimique de l’Ile du Carbure qui produit la poussière de suie qui fait tousser, qui tâche, qui imbibe et fait crever. Un pays où il y a encore des allumeurs de réverbères et des marchands de glace pour la réfrigération, où il est accordé un jour de repos aux femmes mariées pour la lessive, où des pannes d’électricité produisent des chaos gigantesques dépassant l’imagination…

Et des existences marquées par la crainte omniprésente du chantage et des dénonciations, quand on se méfie même de l’être le plus cher qui peut trahir pour sa propre survie. On pense au film « La vie des autres ».

Tellkamp nous entraîne ainsi jusqu’au maelström final, qui commence par une fête costumée en pantins du régime stéréotypés, comme la mise en scène grotesque de la nomenklatura jusqu’à ce que

« … d’un seul coup… sonnent les horloges de l’Union Socialiste, l’horloge du Kremlin s’immobilise avec un bruit de ressort brisé, étoile rouge sur Moscou, qui émet encore des signaux par-dessus la mer à l’intention des îles vassales, des sentinelles installées sur les ponts entre Bucarest et Prague, Varsovie et Berlin…».

Et c’est alors comme un déchaînement apocalyptique qui déferle sur cet univers en deliquescence, on referait bien « the end » en accompagnement musical, tandis que le peuple lève enfin la tête. Eternel recommencement de l’histoire.

Il y a dans ce livre un style extraordinaire, une précision des mots, une richesse à couper le souffle. Et un souffle, un de ces souffles, une énergie, une maturité, une jeunesse!!!! Et chapeau bas au traducteur, Olivier Mannoni!

« Qu’est-ce qui s’était passé, qu’est-ce qui avait bien pu lui arriver, leur arriver ? Le temps, le temps, entendait-on chuchoter depuis les branches dont les feuilles étaient des ouvrages de cuivre. Le vent sentait le charbon ».

Véronique Poirson

Des pages à lire en librairie, pour être convaincu : 431, 831-832 scandées par une succession de « parce que », 843 à 846, 883…

 

Véronique Poirson

 

Et Télérama, le 21 mars 2012 (article intégral à lire sur le site Télérama: http://www.telerama.fr/livres/la-tour,79028.php)

 

[...]

... Sans doute nourri de l'autobiographie d'Uwe Tellkamp, mais ne versant jamais dans l'« Ostalgie » à la mode, ce magistral roman (un best-seller en Allemagne) tient de la grande tradition du roman d'apprentissage national - de Goethe à Thomas Mann -, avec quelques étranges clins d'œil à Balzac ou Proust pour le délitement d'une comédie humaine ici admirablement orchestrée. On est saisi par la densité romanesque de cette saga tout ensemble politique, sociale et intellectuelle, qui magnifie le meilleur de la tradition littéraire européenne, pour nous entraîner dans un voyage épique à travers notre histoire. Drôle souvent. Mais à force d'épouvante.

 

Fabienne Pascaud


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